Si tu ne connais Flea qu'à travers ses slaps explosifs et l'énergie live des Red Hot Chili Peppers, tu rates une partie du personnage.
Parce que derrière le bassiste "animal", il y a un musicien profondément amoureux de la musique, au sens large : le jazz le plus cérébral, le punk le plus brut, la pop la plus simple… tout peut devenir matière à apprendre. Et surtout, il y a une idée qui revient sans cesse dans son parcours : le groove n'est pas une démonstration. C'est une vérité. Une intention. Une façon d'être entièrement dedans.
Dans cet article inspiré d'une interview, on va plonger dans ce qui fait Flea :
- son rapport aux influences (et pourquoi il refuse les cases)
- son origine jazz (avant la basse, il sy a la trompette)
- sa manière d'écrire : la jam, la prise de risque, l'écoute
- son rapport au son, à l'instrument, au "vieux bois"
- ses routines de travail (très concrètes)
- et ce que toi, bassiste, tu peux lui voler dès aujourd'hui
Flea, ou l'art de ne pas mettre la musique dans des boîtes
Flea a une phrase qui résume tout : pour lui, tout est musique.
Il comprend que les styles se construisent par cultures, quartiers, histoires… mais il ne vit pas ça comme des frontières. Il vit ça comme une gratitude.
C'est important, parce que ça explique sa trajectoire :
- il peut aimer le be-bop le plus dense
- et jouer funk/punk/rock comme un bulldozer
- sans jamais sentir de contradiction
Et il a une observation très lucide : beaucoup de gens restent "bloqués" sur la musique de leur adolescence. Non pas parce qu'ils aiment la musique, mais parce qu'ils aiment l'époque où ils se sentaient libres.
Lui, il essaie de garder ce "feu" vivant : grandir, assumer ses responsabilités… sans éteindre l'aventure.
Cette ouverture musicale rejoint celle de Stuart Zender, qui s'est nourri autant de Jaco que de Ravel, Chopin ou Donald Byrd. Cette capacité à intégrer des influences variées enrichit le vocabulaire musical et développe une identité unique.
Leçon pour toi : si tu veux progresser musicalement, commence par élargir ton oreille. Pas pour "tout aimer". Pour arrêter de confondre identité et habitudes.
Les racines : le jazz dans le salon, et la beauté comme choc fondateur
Avant la basse, Flea est un gamin qui entend du jazz très tôt.
Après la séparation de ses parents, sa mère vit avec un musicien de jazz : un be-bopper pur jus. Et là, Flea voit des musiciens jouer chez lui, littéralement dans le salon. Pas un cours. Pas une méthode. Des gens qui "parlent" une langue.
Il décrit ce be-bop comme une musique intense, cérébrale, spirituelle… et il raconte sa réaction d'enfant : il est bouleversé, il rit, il roule par terre. Pas parce qu'il comprend "harmoniquement". Parce qu'il comprend humainement.
Il pointe aussi un phénomène réel : le be-bop peut faire "fermer" les gens s'ils n'y ont pas été exposés tôt. Comme si la complexité était une barrière. Lui, au contraire, refuse ce réflexe : c'est une expression humaine, point.
Leçon pour toi : ne te demande pas "est-ce que je comprends ?". Demande-toi : est-ce que ça me touche ? Ensuite seulement tu analyses.
La trompette avant la basse : le son comme refuge
À l'école, il commence dans le programme de fanfare / orchestre. Il choisit le cornet (puis trompette) pour une raison très simple : il aime Dizzy Gillespie, il voit une image, il se dit "je veux ça".
Et là, il dit un truc fort : souffler dans l'instrument lui donne de la tranquillité. Dans un environnement familial chaotique, jouer devient un endroit stable.
Il avoue aussi qu'il n'était pas le gamin le plus "diligent". Il était sauvage, dehors, à faire n'importe quoi. Mais il avait une boussole : il savait reconnaître le beau. Il avait faim de beauté. Et cette faim l'a tenu.
Leçon pour toi : la discipline ne vient pas toujours avant l'amour. Chez Flea, c'est l'amour qui finit par créer la discipline.
Le saut : apprendre la basse pour monter sur scène, tout de suite
À l'adolescence, Flea traîne avec Anthony Kiedis. Puis ils rencontrent Hillel Slovak. Hillel joue dans un groupe rock, il n'est pas content du bassiste… et il propose à Flea : "pourquoi tu ne joues pas de la basse ?"
Deux semaines plus tard, Flea est sur scène, Sunset Strip, posture, énergie, et soudain les filles lui parlent.
Derrière l'anecdote, il y a une vérité : la scène l'a choisi.
Et surtout, il insiste sur un point qui revient chez beaucoup de musiciens pros : le "plan B" peut t'empêcher de te donner totalement. La musique est risquée, oui. Mais certains parcours se construisent dans le "tout ou rien".
Leçon pour toi : tu n'es pas obligé de brûler tes vaisseaux. Mais tu peux t'inspirer de l'état d'esprit : quand tu pratiques, pratique comme si c'était sérieux. Pour structurer cette pratique, même avec peu de temps disponible, découvre comment progresser avec 30 minutes par jour.
Le Chili Peppers ADN : survivre, oser, transformer la douleur en énergie
Quand Flea parle de ses années "street", il ne romantise pas. Il dit que c'était dur, fauché, dangereux… mais formateur.
Il raconte des anecdotes où eux, ados, sans moyens, décident quand même de vivre une aventure : partir, improviser, trouver une solution, apprendre sur le tas. Cette capacité à "se débrouiller" devient une force quand il faut monter un groupe : il y a une grit, une endurance, une impulsion.
Et il y a un thème essentiel : il évoque l'alchimie — transformer des vies difficiles en quelque chose de beau. Il a vu ça chez des artistes, il l'a vécu dans la musique.
Leçon pour toi : ton vécu n'est pas un poids s'il devient matériau. Le groove, parfois, c'est une émotion canalisée.
Composer : la jam comme laboratoire, et le moment où "ça clique"
Quand on lui demande comment naissent les morceaux des Red Hot Chili Peppers, sa réponse est simple : tout peut être le point de départ.
Mais il décrit très bien la logique "jam" :
- tu branches, quelqu'un commence à jouer "ce qu'il a dans la tête"
- ça peut tourner vide longtemps
- puis tout à coup, un truc apparaît, et tout le monde le sent
- tu enregistres, tu mémorises, tu construis
Parfois, Flea arrive avec une ligne de basse pensée à la maison. Parfois, John Frusciante arrive avec une grille, une mélodie, une structure. Et Flea reconnaît un truc important : Frusciante a aidé le groupe à canaliser son identité sauvage dans des formes de chansons plus nettes.
Et au milieu de tout ça, Flea lâche une image parfaite : quand il joue vraiment bien, il est tellement "parti" qu'il pourrait baver sans s'en rendre compte. Ça veut dire : le grand jeu ne vient pas du mental. Il vient d'un endroit plus profond.
Leçon pour toi : étudie pour pouvoir lâcher. La technique est un véhicule, pas une destination.
Le studio : capturer "un groupe dans une pièce"
Sur l'album Blood Sugar Sex Magik, il explique un tournant : Rick Rubin veut capter le groupe tel qu'il sonne quand il joue ensemble, sans surproduction inutile. Mettre des micros, enregistrer l'interaction, la tension, la relâche, l'impro.
Ça rejoint une obsession de Flea : l'essence du groupe, c'est le dialogue rythmique. La basse et la batterie ne sont pas un fond. Elles sont une conversation.
Cette relation étroite avec la batterie rejoint l'approche de Paul Jackson et Mike Clark chez les Headhunters, où le dialogue basse-batterie devient une composition en soi. Joe Dart insiste également sur cette responsabilité du bassiste : "When the bass stops, you notice" — le bassiste doit tenir le groove pour que le groupe puisse s'appuyer dessus.
Leçon pour toi : quand tu enregistres (même une vidéo Instagram), cherche d'abord la sensation. Ton son "parfait" ne sauvera pas un groove absent.
Le son : la Jazz Bass 61, et le moment où il admet que le bois compte
Flea a longtemps été du genre "c'est dans les doigts et le cœur". Il se moquait un peu de l'obsession matos. Puis il raconte un basculement : jouer une vieille Fender lui fait sentir un truc physique.
Il le formule d'une manière poétique : ce bois "n'a pas été un arbre depuis longtemps". Il a vécu, vibré, survécu, et il est devenu instrument.
Depuis, il adore sa Jazz Bass de 1961, sur laquelle il dit avoir enregistré tous ses disques depuis qu'il l'a obtenue (avec quelques précautions en très grand stade à cause des vieux micros).
Cette recherche d'un son personnel et organique est au cœur de tout bassiste mature. Découvre comment entendre ton vrai son et sortir de la reproduction mécanique pour développer ton identité musicale. C'est exactement ce qu'a fait Paul Jackson avec sa basse Geraldine, créant un son unique qui respire comme une contrebasse.
Leçon pour toi : oui, le cœur compte. Mais le contact avec l'instrument compte aussi. Ton son, c'est une relation.
Influences : du be-bop à Jamerson, et la quête de "la vérité"
Quand on lui demande ses influences, Flea ne peut pas s'empêcher de partir en tangent. Et c'est révélateur : il n'a pas une "liste marketing". Il a une galaxie.
Il cite notamment :
- son beau-père (comme influence corporelle, même sans l'avoir conscientisé à l'époque)
- Jaco Pastorius
- James Jamerson (l'art de servir une chanson tout en improvisant en continu)
- Aston "Family Man" Barrett
- Pino Palladino
- Bootsy Collins, Larry Graham
- et il parle aussi de bassistes actuels qu'il admire pour leur essence du groove
À un moment, il dit une phrase très "Zen" :
si tu n'as rien à dire, ne dis rien.
Et ça, pour un bassiste, c'est énorme : parfois, la meilleure ligne est celle qui révèle la musique, pas celle qui te révèle toi.
Cette philosophie rejoint celle de Colin Greenwood, bassiste de Radiohead, qui a construit toute sa réputation sur le minimalisme intentionnel et le service à la composition. Les deux bassistes partagent cette conviction : la basse est un instrument de soutien, et c'est précisément ce qui la rend puissante.
Leçon pour toi : ton groove s'améliore quand tu joues moins "pour prouver" et plus "pour dire vrai".
Routine de travail : simple, régulière, ritualisée
Flea explique qu'il essaie de pratiquer tous les jours (même si la trompette prend beaucoup de place dans sa vie en ce moment).
Et il donne une routine très concrète :
- gammes majeures en groupes de 3, 4, 5, 6 (montée/descente sur le manche)
- même principe sur les mineures
- une routine "thump" pour garder la mécanique vivante
- du jeu rapide "punk" pour chauffer les muscles
- et même des changements de Giant Steps joués comme un truc punk
Tu peux ne pas copier à la lettre. Mais retiens le modèle :
échauffement + mécanique + vocabulaire + vitesse + langage.
Et surtout : cette discipline quotidienne ne demande pas des heures. Flea lui-même structure sa pratique en blocs courts et concentrés. Découvre comment reprendre le contrôle de ton temps pour intégrer une routine efficace dans ton quotidien, même avec un emploi du temps chargé.
Pour développer une pratique structurée et efficace, évite les erreurs courantes de routine et applique les principes que Joe Dart utilise également : la régularité vaut mieux que la quantité.
Leçon pour toi : tu progresses mieux avec une routine imparfaite faite souvent, qu'un plan parfait fait rarement.
La vulnérabilité en groupe : l'ego, le doute, et l'apprentissage d'être soi
Un passage très fort : il dit que présenter une idée au groupe reste vulnérable. Tu peux arriver avec un riff que tu trouves génial… et les autres peuvent ne pas "sentir" le truc. Ça fait mal.
Il explique les stratégies de protection :
- arrogance
- auto-sabotage
- inhibition
Et le but : arriver à un endroit où tu n'as plus besoin de ça. Tu proposes, tu restes présent, tu joues.
Il étend ça à la vie en général, notamment à propos des jeunes et des réseaux : vouloir être "cool" est un piège. La vraie manière d'être cool, c'est de ne pas chercher à l'être. Faire ton truc. Apprendre à t'aimer. Être respectueux.
Leçon pour toi : le groove est un état de présence. Et la présence demande un ego plus silencieux.
Donner la musique : la Silverlake Conservatory of Music
L'interview se termine sur quelque chose qui ressemble à une conclusion existentielle : son école de musique.
Flea raconte le déclic : en revenant dans son ancien lycée, il découvre que les instruments, orchestres et programmes ont disparu. Il décide alors de construire un endroit qui donne aux jeunes ce que la musique lui a donné : un axe, une communauté, une chance.
Il insiste : ce n'est pas une école "pour devenir célèbre". C'est une école pour :
- apprendre les fondamentaux
- lire
- jouer avec d'autres
- se relier aux autres
Et il dit un truc magnifique : parfois, ce lieu lui donne plus de sens que tout le reste. Il voit des enfants chanter, travailler, se dépasser… et il se rappelle que le monde peut être beau.
Leçon pour toi : la musique n'est pas qu'un skill. C'est un lien. Et ton niveau monte quand ton lien avec la musique devient plus profond.
Ce que tu peux "voler" à Flea dès aujourd'hui
1) Arrête de séparer "technique" et "musique"
Quand tu bosses une gamme, pose une intention :
- attaque (où est mon poids ?)
- placement (où est mon "behind / on top" ?)
- dynamique (qu'est-ce que je raconte ?)
Cette approche rejoint le concept de time displacement de Paul Jackson : placer une note exactement là où elle aura le plus d'impact émotionnel.
2) Fais de la jam un outil de progression
Même seul :
- boucle 2 accords
- impose-toi 1 contrainte (une seule note sur 2 mesures, puis une seule variation rythmique, etc.)
- enregistre 2 minutes
- écoute : est-ce que ça groove ?
3) Construis une routine "rituelle" de 10 minutes
Exemple :
- 2 min : gamme majeure en 3/4 (mécanique)
- 2 min : mineure (oreille + manche)
- 2 min : une cellule rythmique au métronome
- 2 min : un groove réel (un morceau)
- 2 min : improvisation contrainte (dire vrai)
Pour organiser efficacement ta vision du manche, la méthode des 3 zones offre un cadre structuré qui permet de naviguer instinctivement, exactement comme Flea le fait.
4) Joue "la vérité" avant de jouer "beaucoup"
Tu peux faire un exercice radical : sur un groove, retire 30% de notes.
Si ça groove plus, tu viens de gagner une leçon.
Résumé
Flea n'est pas juste un bassiste spectaculaire : c'est un musicien qui cherche la vérité du groove, nourrit son jeu de toutes les musiques, et transforme la jam, la vulnérabilité et la discipline en énergie vivante. Son parcours rappelle que le groove vient de l'intention et de l'authenticité, pas de la démonstration technique. Sa routine quotidienne prouve qu'avec une pratique structurée et régulière, même courte, tu peux atteindre l'excellence.