James Jamerson a joué sur des centaines de hits Motown sans jamais voir son nom sur un disque. Il a redéfini la basse moderne.
Qui était James Jamerson ?
James Jamerson est né le 29 janvier 1936 à Edisto Island, Caroline du Sud. Il arrive à Detroit en 1954 avec sa mère, et trouve ses premiers engagements dans les clubs de jazz de la ville.
En 1959, il commence à enregistrer pour Motown en intégrant les Funk Brothers, le groupe de musiciens de studio déjà en place. Il passe à la guitare basse en 1961 et se procure une Fender Precision Bass qu'il baptise "The Funk Machine".
Il joue sur tout. "My Girl" des Temptations. "Dancing in the Street" de Martha and the Vandellas. "Reach Out I'll Be There" des Four Tops. "What's Going On" de Marvin Gaye.
Son addiction à l'alcool devient si grave qu'il est exclu de la Motown en 1973. Dix ans plus tard, il décède d'une cirrhose et d'une déficience cardiaque. Il a 47 ans.
Pourquoi sa technique de basse était-elle révolutionnaire ?
La plupart des bassistes de l'époque jouaient les fondamentales et les quintes. Simple. Répétitif. En dessous de la musique.
Jamerson a tout changé.
Ses lignes de basse sont mélodiques, plus syncopées et plus improvisées qu'avant. Son jeu est considéré comme partie intégrante du "son Motown".
Une des spécificités de son jeu était l'utilisation de l'index de la main droite pour ses lignes de basse. Cette technique a pour nom "The Hook" (le crochet), découlant directement de son passé de contrebassiste.
Cette régularité dans l'attaque explique l'uniformité de son son, puisqu'il attaquait les cordes toujours au même endroit.
Sa Fender Precision 1962 était montée avec des cordes La Bella à fort tirant (.052-.110). L'action des cordes était très haute, pour retrouver le toucher de sa contrebasse. Les cordes étaient rarement changées, seulement si l'une cassait.
Doté de mains surpuissantes, seul Jamerson pouvait jouer sa Funk Machine. Les rares bassistes ayant eu sa basse entre les mains disaient qu'elle était injouable.
Bref. Il n'avait pas la technique de tout le monde. Il avait la sienne.
Pourquoi Jamerson n'a jamais été crédité sur les disques Motown ?
Motown ne listait pas les crédits des musiciens de session sur ses sorties avant 1971. Les Funk Brothers ont joué sur des centaines de hits sans que leur nom apparaisse sur un seul disque.
C'est Marvin Gaye qui lui rend hommage pour la première fois en 1971 sur la pochette de son album "What's Going On" en inscrivant "l'incomparable James Jamerson".
C'est la seule reconnaissance publique qu'il recevra de son vivant.
En 2000, James Jamerson est intronisé à titre posthume au Rock and Roll Hall of Fame. En 2004, les Funk Brothers reçoivent un Grammy Award. Dix-sept ans après sa mort, et vingt et un ans après, les reconnaissances arrivent.
Quelle est la véritable histoire de l'enregistrement de "What's Going On" ?
La nuit où Jamerson devait enregistrer la ligne de basse de "What's Going On", il était introuvable. Marvin Gaye a sillonné les bars de Detroit pour le trouver dans un état piteux. Il l'a ramené au studio. Arrivé au studio, James a décidé de jouer. Problème : il ne pouvait pas tenir droit sur son tabouret. Il s'est couché à même le parquet et a commencé à jouer la partition qu'il avait improvisée. Ce fut la bonne prise.
Cette ligne de basse, considérée parmi les plus grandes de l'histoire de la soul, a été jouée allongé sur le sol d'un studio à Detroit.
Pas debout. Pas concentré. Allongé.
Tu vois le genre.
Quelle leçon un bassiste d'aujourd'hui peut-il tirer de son histoire ?
Jamerson n'a pas changé la basse en suivant les règles.
Il a transposé ce qu'il savait faire, le jazz à la contrebasse, sur un instrument qu'il venait d'apprendre. Il ne jouait pas comme les autres bassistes électriques. Il jouait comme lui.
Ce n'est pas sa technique au sens strict qui a tout changé. C'est sa compréhension de son rôle dans la musique. La basse n'était pas là pour remplir le bas du spectre. Elle était là pour donner une intention musicale à ce qui se passait au-dessus.
Paul McCartney a déclaré en 2013 que Jamerson avait été sa plus grande influence dans son jeu de basse. Jaco Pastorius, John Paul Jones, Billy Sheehan : tous se sont réclamés de son influence.
Il était anonyme sur ses disques. Pourtant tout le monde l'a appris.
La question n'est pas de savoir qui tu imites. C'est de comprendre pourquoi ça sonne.
Questions fréquentes
Pourquoi James Jamerson n'est-il pas crédité sur les disques Motown ?
Motown Records n'inscrivait pas les noms de ses musiciens de session avant 1971. Les Funk Brothers, qui ont joué sur la quasi-totalité des hits du label, sont restés anonymes pendant toute cette période. Marvin Gaye a nommé Jamerson pour la première fois sur la pochette de "What's Going On" en 1971.
Qu'est-ce que "The Hook" dans la technique de James Jamerson ?
"The Hook" désigne la façon dont Jamerson attaquait les cordes : uniquement avec l'index de la main droite, un geste hérité de la contrebasse. Cette technique lui donnait une homogénéité de son et un ancrage rythmique reconnaissable entre tous. Elle explique en partie la régularité et la densité de ses lignes.
Quelle basse utilisait James Jamerson ?
Sa basse principale était une Fender Precision Bass de 1962 baptisée "The Funk Machine". Elle était montée avec des cordes filées plates La Bella à fort tirant (.052 à .110), rarement changées, avec une action très haute. Les musiciens qui l'ont essayée la décrivaient comme quasiment injouable.
Pourquoi Jamerson est-il considéré comme le père de la basse moderne ?
Avant Jamerson, la basse avait un rôle essentiellement harmonique et rythmique. Il a introduit des lignes mélodiques, syncopées, construites sur ses influences jazz. Cette approche a redéfini le rôle de l'instrument. Paul McCartney, Jaco Pastorius ou John Paul Jones ont tous reconnu son influence directe sur leur propre jeu.
Comment étudier le style de James Jamerson aujourd'hui ?
Le livre "Standing in the Shadows of Motown" d'Allan Slutsky (1989) reste la référence. Il contient des transcriptions de ses lignes avec des commentaires techniques. Le documentaire du même nom (2002) donne aussi une bonne vue d'ensemble de son contexte. Travailler ses lignes demande une attention particulière aux syncopes et au positionnement rythmique, bien au-delà des fondamentales.
Pour aller plus loin
Prêt à reconstruire tes fondations ?
Réserve un diagnostic offert de 15 minutes. On identifie ensemble ce qui te bloque, sans script, sans vente.
→ Réserver mon diagnostic offert


